HISTOIRE DE L'ARRONDISSEMENT
Avant de se plonger dans l’histoire du 16e arrondissement de Paris, il est très important de comprendre que, pendant des centaines d’années, Paris n’avait pas la taille actuelle. Ainsi, pendant plus de 1 000 ans, tout le 16e arrondissement était situé en dehors de Paris et n’était constitué en réalité que de plusieurs villages collés les uns aux autres.
Du VIIe au XIIe siècle
Tout commence au VIIe siècle. À l’époque, sur la rive droite de la Seine s’étendant du quartier de Chaillot actuel à Boulogne, existait une forêt du nom de Rouvray et un village du nom de Nimio. L’évêque du Mans, saint Bertram, possédait le domaine et une villa. À sa mort en 623, conformément à son testament, l’ensemble de son domaine (incluant le village de Nimio, renommé depuis Nijon) avec les vignes afférentes est légué au diocèse de Paris. Il y précise que ses vignes sont situées dans un lieu, où il existe de petites sources, du nom de Fontanitum. Avec le temps, les habitants de Nimio se séparèrent. Une partie alla vers les sources et les marais, formant ainsi le village d’Auteuil (prairie en celte). Les autres se rapprochèrent de Paris là où une partie de la forêt de Rouvray (renommée depuis bois de Boulogne) avait été abattue, formant le village de Chaillot (dérivant a priori de Chal ou Chail, signifiant destruction d’arbres). Ses deux villages dépendaient donc de deux paroisses distinctes. Avec le temps, celle d’Auteuil étant trop étendue, on la divisa en deux entre Auteuil et Passy.
Avant le XIe siècle, on ne trouve aucune référence aux noms actuels des quartiers de l’arrondissement (Passy, Auteuil, Chaillot). Et si l’arrondissement avait bien trois paroisses distinctes, il n’y a toujours eu que deux villages en termes administratifs à savoir Auteuil et Passy. Chaillot apparaissait en effet comme un faubourg de Paris. Pour Auteuil, il faut attendre 1192 pour que le nouveau village ait une structure de village avec une paroisse. En 1109 déjà, les abbés Génofains d’Auteuil avaient échangé leurs terres normandes contres les terres d’Auteuil, alors possédées par les abbés du Bec Hellouin. Le nom de Passy, appelé Passicium (ou Paciacum), apparaît pour la première fois dans une charte en 1250. Le premier seigneur de Passy fut Jeanne de Paillard en 1416.
Du XIIe siècle à celui de la Révolution française, l’arrondissement constitue un coin de verdure tranquille avec des vignes et de la forêt, tout à la fois loin de l’urbanisme et du bruit ambiant et très près par la distance.
du XVIIe siècle à l'intégration à Paris
En 1627, Louis XIII transfère la Manufacture royale de tapis, créée par Henri IV, du Louvre à l’actuel emplacement du Palais de Tokyo. En 1702, Chaillot, 2 000 habitants à ce moment-là, devient officiellement un faubourg de Paris appelé Faubourg de la Conférence, sur une décision de Louis XIV. Seule la barrière de Passy aussi appelé Conférence, un mur de 3,3 mètres de haut avec des passages à péage, sépare Paris de Chaillot.
Le village de Passy était composé :
• du château de Boulainvilliers (nom adopté à partir de 1747). Ce domaine allait de l’actuelle Maison de Radio France jusqu’à l’avenue Mozart. C’est au banquier Samuel Bernard que l’on doit les dimensions du domaine de Boulainvilliers.
• de la plaine de Passy, où de nombreux moulins à vent fonctionnèrent jusqu’au XIXe siècle.
• ’un troisième domaine descendant jusqu’à la Seine où l’on pouvait y admirer l’hôtel de Lamballe, siège de l’actuelle ambassade de Turquie.
Claude Chahu, Seigneur de Passy, financier et conseiller du roi, fit ériger une chapelle en 1666, Notre-Dame-de-Grâce, qui devint une paroisse indépendante en 1672. Le Marquis de Boulainvilliers en fut le dernier seigneur.
Le village d’Auteuil : De 1109 à la Révolution, les moines entretiennent les terres et font don du vin issu des vignes à l’évêque de Paris. Le village d’Auteuil est très tôt apparu comme un lieu paisible en comparaison de Paris, ville bruyante et peu agréable à vivre. Boileau et Molière furent parmi les premières personnalités à s’y installer. Dès lors, Racine, La Fontaine, Lully, La Bruyère et d’autres fréquentent le salon de Molière. Plus tard, Anne-Catherine de Ligniville Helvétius tient à Auteuil un salon très réputé auprès des nombreux écrivains et intellectuels de Paris au XVIIIe siècle. Diderot, d'Alembert, Condillac, Malesherbes, Turgot et bien d’autres y défilent.
Les sources : Leur existence a joué un rôle majeur dans le développement des villages Passy et Auteuil à une époque où la présence de sources d’eau était un facteur clé dans le développement d’une ville. En 1650, on trouve une première source d’eau claire à Passy. On en trouva d’autres à Auteuil. Les sources furent exploitées et nombreux sont ceux qui allaient faire une cure thermale à Passy ou Auteuil. La source de Passy se tarit cependant assez vite mais celles d’Auteuil, bien que moins importante, durèrent jusqu’en 1925 pour certaines. Aujourd’hui subsiste encore l’ancien puits artésien du square Lamartine.
L'intégration des villages dans Paris
Avec Napoléon III et le baron Haussmann, les villages d’Auteuil et Passy ainsi que Chaillot vont être définitivement intégrés à la ville de Paris en 1860. Le Mur des Fermiers Généraux qui séparait l’actuel 16e arrondissement du reste de Paris est alors abattu. La place de l'Étoile a finalement 12 embranchements. Les grandes avenues sont élargies à l’instar de l’avenue de Saint-Cloud, actuelle avenue Victor-Hugo, (+ 36 m de large) ou de l’avenue du Roi de Rome, actuelle avenue Kléber, ou de l’avenue d'Iéna. Auteuil est désenclavé grâce à l’ouverture de l’avenue Mozart, pour être relié au village Passy, et de la rue Michel Ange, pour être relié à la porte de Saint-Cloud. Les grands domaines disparaissent. Seuls quelques hôtels particuliers, villas (villa Molitor, villa Mozart, villa Boileau, villa Erlanger, villa George Sand, villa Eugène Manuel) et voies privées demeurent, signe d’un temps révolu.